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Lecture du mois : « A-t-on besoin d’un chef? »

Liber Liber

Le pigeon décongelé vous propose ici une rubrique (petit clin d’oeil aux latinistes) : lectures de «lecteurs»…affranchis : « Liber liber« … pour des livres en liberté !

Et lecteurs et lectrices (en un mot comme en deux) : ne vous abstenez pas, participez aussi à cette rubrique, en toute liberté de ton si aussi envie de partage scriptural.

Laissons le masque, mais prenons la plume (de pigeon évidemment) !

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Lecture du mois : A-t-on besoin d’un chef ? (petit traité d’intelligence collective)

Auteur : Mehdi Moussaïd / Editions Allary – octobre 2025)

https://allary-editions.fr/products/mehdi-moussaid-a-t-on-besoin-dun-chef

Pendant la psychose (la «chose psy» ou la «cause psy») Covid, j’avais osé me moquer du premier Sinistre de la République quant à la procédure kafkaïenne de boire son café assis et non pas debout… Et l’on m’avait rétorqué… verbatim véridique : «il faut bien toujours un chef, qui sache et qui décide, sinon c’est l’anarchie !».

«A-t-on donc besoin d’un chef ?»

Car mon inconscient (mes tripes) heureusement plus anarchiste que mon conscient (mon cortex), avait répondu «NON» ! Encore fallait-il le démontrer scientifiquement, puisqu’il sera dit dans ce «nouvel ordre» qu’on ne jure plus que par «la science»… à moins que ce ne soit, pardon, par du… scientisme (c’est-à-dire des mesures et donc des chiffres qui, à la différence de la science, ne peuvent pas être remises en cause, et ne doivent pas être remises en cause, selon le lyssenkisme* ambiant ! Dans le cas du covid, traduisez par « véranisme» !).

« A-t-on donc vraiment besoin d’un chef ?», comme la croyance générale et immédiate en semble innée (!?), ou comme l’histoire de notre espèce humaine (mais la connaissons-nous vraiment dans sa diversité !!!) prétend nous affirmer et nous enseigner que «ça a toujours été comme ça», de temps immémoriaux !?

Cet ouvrage nous fait précisément entrer dans nos biais cognitifs et dans nos biais culturels, avec des «expériences en réel», avec des protocoles bien carrés : qui confondent alors, sinon démolissent, nos croyances et nos histoires soi disant de temps immémoriaux !!! Alors «great reset» : remise à zéro de vos croyances et de l’histoire… et entendez, et lisez !

Etienne De La Boétie avait déjà vers 1550 abordé, mais intuitivement, la «servitude volontaire» (face aux chefs). Il aura fallu attendre les années 1950 pour que tout le monde connaisse les expériences «scientifiques» de Ash (conformisme social)(1) et de Milgram (soumission à l’autorité)(2) ! Sans pourtant forcément en tirer de conséquences ! Pensez alors aux progrès exponentiels en sciences cognitives et notamment en psychologie sociale, après ces démonstrations si éclairantes depuis déjà plus de 75 ans … Citons ici les recherches du MIT, le célèbre «Massachussets Institute of Technology» à Boston (USA), et par exemple Drazan Prelec un de ses chercheurs les plus talentueux en sciences cognitives (3). Il nous faut alors admettre dans ce domaine notre ignorance grand public (ignorance «volontaire»… pour paraphraser De La Boétie, si tant est que l’«instruction publique» ait intérêt à nous en instruire…) : ne serions nous pas encore trop souvent naïfs quant à nos fonctionnements individuels et collectifs en 2026, alors que Socrate nous enseignait pourtant déjà «gnothi seauton», «connais toi toi-même», il y a plus de 2500 ans ! Cette connaissance est ce vers quoi ce livre nous mène !

Se connaître soi-même, aujourd’hui, c’est en effet nécessairement connaître, ou se mettre à jour, de ce qui relève de nos comportements et croyances collectives : un champ d’études considérable qui s’il n’est pas connu laisse le champ libre aux fausses croyances et ouvre la porte aux manipulations de masse. Connaissons donc ces mécanismes psychosociologiques et ces sciences cognitives, qui ne mènent plus alors aux manipulations «à l’insu de notre plein gré», en fait trop souvent au su du seul chef, mais à l’intelligence collective (4)! Une avancée déterminante dans la connaissance de nous-mêmes et dans la conscience éclairée de nos interactions sociales : le côté positif de la Force, «Lux ex tenebris»** !

«A-t-on vraiment, mais vraiment, besoin d’un chef ?» : la réponse maintenant, du moins un début, mais un bon début de réponse !

Si vous acceptez là l’idée qu’il puisse en effet s’agir d’une «croyance» (croyance que oui, nous avons besoin d’un chef), la réponse de Mehdi Moussaïd passe à la démonstration… «scientifique». Et même si nous sommes encore loin de tout comprendre et de savoir sur nos comportements individuels et sociaux, que l’IA connait souvent déjà mieux que nous !…, cette réponse ne va pas faire plaisir aux «chefs» ou à ceux nombreux qui se voudraient l’être. Cette réponse, je vous la donne : dans plus de 90% des cas, l’intelligence collective l’emporte sur l’intelligence individuelle (ou sur le choix ou la décision d’un seul individu, chef ou non) ! Oui !

Seuls quelques experts qualifiés «unanimement et techniquement indiscutables» dans leur domaine, le champion du monde des échecs par exemple, pourront faire mieux que l’intelligence collective. Dans d’autres cas, les cas de dilemme moral, de vie ou de mort par exemple, toute décision collective devra laisser un choix individuel. Si un «chef», par différents moyens de contrainte, devait imposer la décision collective sur toute décision individuelle, même alors ce chef devra avoir des principes moraux socialement acceptables et acceptés (sauf tyrannie arbitraire et immorale qui ne durera alors que le temps du tyran).

Répétons-le, tant cela est contre-intuitif pour la plupart et ne saurait être crié sur les toits, et évidemment pas par les chefs ou autre détenteur de pouvoir par le verbe ou de pouvoir par la force : dans plus de 90% des cas, l’intelligence collective l’emporte sur l’intelligence individuelle (meilleure justesse ou efficacité par rapport au choix ou à la décision d’un seul individu) ! Le problème est l’ignorance très générale par la population de cette intelligence collective, qui n’est en effet pas spontanée : c’est une mécanique fine, une forme d’ingénierie sociale (mais ici très positive) qui demande de la connaissance, de la méthode adaptée aux différentes situations de choix ou de décisions, et de la rigueur d’application ou d’usage.

Ce livre nous dévoile d’ailleurs, de manière très instructive, différentes expériences concrètes, différentes situations, et différentes méthodes selon différentes situations ou natures de problème à résoudre (cf. ANNEXE ci-après).

La loi des grands nombrespas forcément le plus grand nombre, mais un nombre représentatif ou optimal- et la compréhension de la nature des problèmeschargés ou non de biais cognitifssont cependant toujours clés pour obtenir le meilleur résultat collectif.

Ainsi que la nécessaire diversité des opinions du collectif : en effet, le plus souvent, un grand chef charismatique ou une brochette de Prix Nobel dans n’importe quel domaine ne battront jamais, par exemples donnés dans ce livre, une centaine de personnes tirées au sort et où se retrouveront aussi des personnes que nous aurions trop tendance à prendre pour des abrutis ou des illettrés ! Contre-intuitif n’est-ce pas !!! Et pourtant… ça marche ! Ou ça tourne (comme disait Galilée) !

Petite réflexion digressive

Dans «Le cycle de la Fondation», l’œuvre de science-fiction majeure d’Isaac Asimov (avec «Les 3 Lois de la Robotique»)(5), le mathématicien Hari Seldon développe la protohistoire : une discipline «scientifique», issue de la psychologie sociale, permettant dans un futur imaginé de prédire l’avenir de l’humanité sur le long terme à l’aide de supercalculateurs et d’outils mathématiques et statistiques appliqués. Ces romans (1ère parution en 1956 !) nous embarquaient dans les méandres de la manipulation politique et de l’omniprésence des robots, où chaque protagoniste (et y compris les robots, s’ils n’ont pas de lois ou de principes moraux programmés) tente d’influencer l’avenir à son avantage ! La réalité va-t-elle donc bientôt rejoindre cette science-fiction, puisque nos comportements sociaux peuvent de plus en plus sembler relever (avec Mehdi Moussaïd dans cet ouvrage d’expériences sociales, et d’autres expériences à retrouver sur son site «Fouloscopie»)(6), de l’ordre mathématique (Loi des grands nombres, statistiques probabilistes, mécanicisme, etc… applicables aux sciences cognitives) ?

Et plus ces «sciences» avancent, pourrait-on croire que le «libre arbitre» de l’humain diminue, ou que nous ne soyons en fait que des robots sophistiqués ?

Depuis I.Asimov avec «Fondation» puis P.K.Dick et ses «réplicants androïdes» (1968), puis Ridley Scott avec son «Blade Runner» (1982), la réalité «scientifique» ne va-t-elle pas bientôt rattraper la science dite fiction : humains et robots se rejoignant, se confondant ?

Il se pourrait : certains, d’ailleurs souvent des «chefs» ou se prétendant l’être, veulent le voir ainsi, en se plaçant dans cette «croyance» du déterminisme des données/objets que nous serions ou devenons (et particulièrement maintenant avec l’aide de l’IA qui leur ouvre cette perspective de réalisation), et en nous en tenant ignorants à leur profit : robotisés lobotomisés.

Mais on peut aussi considérer que la connaissance des données mathématiques de nos comportements, par les sciences cognitives approchées dans ce livre, nous rapproche «en conscience» d’un changement de paradigme : du fait du nombre de plus en plus élevé de conscients, passer d’une organisation sociale par la force négative (primauté du plus fort, manipulations de masse, consentements par la contrainte ou par la robotisation de l’homme, etc…) à une organisation sociale par la force positive (éducation à l’intelligence collective, démocratie participative, responsabilisation, consentements en conscience croissante de nos «inconscients individuels et collectifs »…), et même ceci avec l’aide de la puissance de calcuI de l’IA !

Et demain se passer d’un chef, ou du moins savoir quand et comment se passer d’un chef, ou d’une autorité, pour accéder à de meilleurs modes de décision collective, plus intelligents, et pour soi et pour les autres…

Plus nous serons nombreux à maîtriser les ficelles de l’intelligence collective, plus elle deviendra efficace… avec ou sans chef !

Et peut-être même, soyons optimistes (mais restons vigilants), la connaissance de ces ficelles nous rapprochera peut-être bien plus des mystères de la vie, de l’intelligence de la vie, que la rigidité du déterminisme social avec la protohistoire et la robotisation (et «Fin de l’Histoire», comme aurait dit Fukuyama, triste fin).

Devant ces mystères encore insondables de la vie, quantiques autant que cantiques, prêtons ici une attention aux apparences grégaires : bancs de sardines et vols d’étourneaux ont par exemple été étudiés et calculés, mais si complexes qu’ils ne sont que très partiellement résolus par les mathématiques des grands nombres : ne seraient-ils pas alors «in fine» finement «intelligents» ? Et quid des étonnantes organisations en fourmilières, en termitières ?… Ou des ruches d’abeilles : car les abeilles –on commence seulement à le comprendre avec les émerveillantes découvertes de Jürgen Stautz– ne sont plus aujourd’hui seulement considérées comme les produits complexes de déterminismes mécaniques, physiques ou chimiques, mais être ce qu’on pourrait voir comme un type d’organisation :

  1. au top de l’intelligence collective (avec seulement 10,000 neurones : un langage remarquablement évolué, la notion du zéro mathématique, et ce qui ressemble bien au surgissement d’une… conscience ! oui !)
  2. avec un indéniable libre-arbitre individuel autant qu’une pratique du vote démocratique (pour le vol individuel ou pour la décision d’essaimage, dans l’exploration et la communication),
  3. et en même temps au top de la servitude volontaire (toute une ruche pour servir une reine… une «chef» bien esclave elle-même en vue de la reproduction de l’espèce… et d’ailleurs démocratiquement révocable du jour au lendemain… à en faire pâlir d’envie tout autre «gilet jaune »… et noir !), mais ceci sera pour une prochaine fois…

Car, à propos de ruches d’abeilles, saviez-vous que seulement 10% des espèces d’abeille sont domestiquées, et donc que 90% sont non seulement sauvages mais aussi solitaires ! Finalement peut-être une autre forme d’intelligence, ou du moins de «liberté» !

Epilogue

Grandir nos consciences, favoriser les décisions les plus intelligentes pour le bien commun, voir et déjouer et combattre les manipulations (d’experts, le plus souvent autoproclamés, et/ou persuadés de l’être) demande de comprendre les mécaniques sociales en œuvre. Si vous partagez cette approche après avoir lu ce livre, il me semble qu’il y a tout de même trois étapes –ou obstacles- à franchir dans nos interactions ou relations sociales :

  1. Démonter la fausse croyance que nous aurions toujours besoin d’un chef : c’est probablement le plus dur à faire : «il est plus facile de casser un atome qu’un préjugé» disait Einstein à qui l’on peut unanimement reconnaître cette expertise ! 
  2. Bien comprendre ensuite la théorie validée qu’à chaque problématique de décision ou de choix (rapide ou non, logique ou culture générale, impliquant un degré de morale ou non, etc…), et pour chaque situation, il n’y a pas de méthode universelle mais un panel de méthodes en vue de la meilleure performance du collectif sur l’individu : nombre de personnes optimal, types de votation : à la majorité, à la nuance, à la meta-majorité, etc… etc…. Et que ces méthodes demandent de l’apprentissage : d’où l’idée de les enseigner –et pour chacun de les apprendre – pour que le plus grand nombre en comprenne le bénéfice et sorte de l’ignorance où les chefs (ou autres experts) se complaisent de nous laisser… Et là, comme disait encore Einstein : « il est plus difficile de désapprendre que d’apprendre».
  3. Enfin pratiquer, pratiquer, pratiquer, faire pratiquer, pour savoir reconnaitre les problématiques et les situations, et la ou les bonnes méthodes, pour progressivement par le plus grand nombre accroître l’application de plus en plus évidente et l’usage de plus en plus normatif de cette force «démocratiquement consciente» qu’est l’intelligence collective. Lux ex tenebris ! Ou Einstein encore : «La connaissance s’acquiert par l’expérience, tout le reste n’est que de l’information.».

Ce livre n’est donc qu’une introduction, une porte d’entrée ludique à l’intelligence collective… Prenez le ainsi, avec curiosité… puis réflexion comme la mienne ici. Il y a d’ailleurs bien d’autres livres plus structurés et plus explicites quant aux différentes méthodes de décisions collectives adaptées aux situations (7). Quant aux applications, elles sont immenses sur le renouvellement d’une démocratie représentative agonisante ou ne serait-ce par exemple dans l’entreprise et le « management» d’entreprise où la conscience «opale» se répand tout doucement (8) : certes très difficilement dans de grosses entreprises devenues inertes, et plus rapidement et avec effet d’exemple et d’expansion pour des start-ups inertielles. Alors commençons petit, à notre niveau d’inertie.

Si bien sûr nous sommes tous de manière générale plus conscients et plus «connaissants» ou «sachants» ou «éduqués» qu’il y a 100 ou 200 ans (du moins en théorie, car en pratique nous sommes en chute de QI et de classement PISA), il y a encore beaucoup, beaucoup, de travail ! Mais vous savez les 3 étapes obstacles ci-dessus, et comment les travailler…

Si vous avez tout compris, criez maintenant avec moi : «Oui chef, bien chef ! ». D’accord ? Allez, tous avec moi : «Oui chef, bien chef !».

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Glossaire

* Lyssenkisme : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lyssenkisme

** Lux ex tenebris :

La locution latine lux ex tenebris signifie «la lumière sortant des ténèbres» ou «la lumière de l’obscurité».  Cette expression est souvent utilisée pour symboliser l’émergence de la connaissance, de l’espoir ou de la vérité après une période d’ignorance ou de difficulté

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Références (pour qui voudra aller plus loin) :

  1. https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Asch
  2. https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram
  3. https://bcs.mit.edu/directory/drazen-prelec
  4. https://fr.wikipedia.org/wiki/Intelligence_collective
  5. https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_lois_de_la_robotique
  6. https://www.youtube.com/@Fouloscopie
  7. https://www.eyrolles.com/Loisirs/Livre/decouvrir-l-intelligence-collective-9782729617806/
  8. https://dantotsupm.com/2017/02/15/reinventing-organizations-de-federic-laloux-une-synthese-de-synertal/

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ANNEXE

(résumé d’expériences citées dans le livre : compréhension de la nature du problème à résoudre, et des méthodes de résolution collective appropriées)

  • Si le problème à résoudre est de nature logique (par exemple, la bonne réponse à un questionnaire à choix multiples, comme le test de Raven = trouver le 8ème symbole correspondant logiquement à la suite des 7 premiers), ce ne sera jamais le meilleur «esprit logique» qui aura la meilleure performance. En cas de difficulté à répondre, le vote d’un certain nombre optimal de personnes surpassera l’expert logicien dans plus de 90% des cas.

  • S’il s’agit de mettre ses connaissances en commun (par exemple dans le jeu « Qui veut gagner des millions ?»), le collectif brille sans conteste pour des questions faciles, mais dès qu’il s’agit de culture générale il s’écroule… car il ne s’agit plus de logique mais d’une problématique «agrégation des connaissances» du plus grand nombre, avec cumul de biais cognitifs comme reconstruction de souvenirs, de connaissances, et fausses pistes ou confusions… ! Et les personnes les plus sûres d’elles se trompent même plus souvent que celles moins confiantes en elles-mêmes ! La bonne méthode est alors la meta-majorité, qui gagne à tous les coups face au vote.

  • S’il s’agit de prédiction collective (par exemple le meilleur investissement pour une entreprise, ou la préparation à une guerre… ce qui est d’actualité hélas), le grand Directeur Exécutif -même avec son Comité de Direction- ou le grand Général -même avec son Etat-Major- ne seront pas meilleurs que le pur hasard !!! Une centaine de personnes feront mieux dans la justesse ! Car la fusion des intuitions d’un grand nombre de personnes lambda permettront une vision collective du futur bien plus pertinente que les obsessions du Directeur Général ou du Chef des Armées : ça fonctionne. Il faudrait peut-être le dire à nos dirigeants et autres «sauveurs» !

D’ailleurs, autre remarque : plus un (soi disant) expert est médiatisé, moins ses analyses sont fiables ! Cela vous rappellera peut-être quelques souvenirs… mais le peuple ne saurait le savoir, encore moins le croire. Mais Mehdi le dit… Lis ce que Mehdi dit, et tu le sauras, et tu le croiras.

Il existe cependant quelques rares «super-prédicteurs», rares et donc là le grand nombre ne voudra pas les croire : ces véritables prophètes ne seront pas crus et mangés tout cru par les médias de fabrication des croyances. Ces super-prédicteurs -visionnaires voire prophètes a posteriori- ne sont pourtant pas le fruit du hasard : un caractère de prudence, un esprit ouvert aux questions, une capacité à se remettre en cause, et beaucoup beaucoup beaucoup de travail de documentation et d’apprentissage de connaissances polyvalentes. Des «lecteurs» ou des rats de bibliothèque ? Oui, plutôt oui que des experts de plateau télé qui se servent de leur autorité de « sachant officiel diplômé»… et ne déclarent pas leurs conflits d’intérêts !

  • Si le problème est de développer une pensée stratégique, par exemple gagner une partie de jeu d’échec, une centaine de joueurs débutants battront-ils le grand Maître ? Et bien non, peut-être pas le grand Maître mais plus de 90% de tous les joueurs de niveau supérieur et maître qu’en tant que débutants ils n’auraient jamais battu. Ce qui fait la supériorité de l’alliance de débutants dans 90% des cas : le vote, mais pas n’importe lequel… Ce qui fait un maître imbattable au jeu d’échecs dans 10% des cas : pas du hasard mais une mémoire des motifs de l’échiquier, de très bonnes aptitudes de géométrie dans l’espace et la capacité de choisir les bons embranchements avec sagesse. Le jeu d’échecs est un jeu totalement visuel avec un peu d’anticipation. Les «Maîtres» sont rares, comme les bons pronostiqueurs… Il ne faut pas les négliger, mais il faut savoir les repérer et les avoir vu à l’œuvre.

A ce stade, comment donc organiser un groupe pour qu’il fonctionne (mieux qu’un individu, même expert, puisqu’un groupe votant vaut tant, mieux souvent sinon toujours qu’un expert) ?

Chef de brigade en cuisine, brigade militaire, capitaine d’équipe de sport : de fait la figure du chef, après rituel d’autorité, s’efface bien souvent au profit d’une orchestration plus souple, informelle, parfois même partagée entre plusieurs personnes selon les moments ou les situations… La hiérarchie, ou le commandement vertical peut même s’estomper jusqu’à une forme d’autogestion spontanée, où ce n’est plus le chef qui dirige mais le travail lui-même qui guide l’action collective : la stigmergie… des fourmis ! Et autres insectes sociaux.

Est-il alors possible d’atteindre une parfaite harmonie sans chef, sans ordres explicites, sans hiérarchie imposée ?

Difficile dans notre société où l’on considère encore trop souvent que la hiérarchie et la stricte division des tâches sont des évidences de temps immémoriaux, mais ceci n’a pas été le cas de toutes les sociétés : il n’y a pas de recette universelle pour bien collaborer, l’alchimie oscille souvent dans un subtil «équilibre entre organisation et improvisation, et l’intégration ou l’acceptation des extrêmes ».

  • Autre problématique : chercher ensemble efficacement ! L’expérience ici relatée : munis de simples paniers, des «cobayes» doivent explorer un vaste espace naturel pour récolter ensemble un maximum de mûres sauvages en un temps limité ! Comment se répartir les rôles, éviter les doublons, ne pas se marcher dessus, etc… ? Autant le dire de suite : si chacun part tête baissée avec son panier, c’est l’échec assuré ! Car c’est un dilemme «exploration exploitation». Un peu comme la «ruée vers l’or» au XIXème siècle, qui s’est soldée au niveau individuel par la ruée vers l’erreur ! Beaucoup de partants, peu d’élus ! Alors a-t-on besoin d’un grand chef, ou d’un vote ?

Le résultat va vous surprendre : sur un terrain contenant 5 gisements de 50 mûres, l’équipe la plus efficace est toujours composée de 99 explorateurs et d’1 seul ramasseur ! Alors oui, on peut avoir besoin d’un grand chef s’il est le seul à connaître la bonne méthode d’organisation, mais n’aurait-on pas surtout besoin d’avoir 100 personnes qui savent que c’est la répartition méthodique «99/1» la plus efficace, et qui ne prennent que 30 secondes pour désigner le ramasseur !

  • Et pour finir, LA grande question : comment se mettre d’accord ? D’un côté la discussion libre, et risque de cacophonie morale et intellectuelle, et de l’autre le chef tranche et tout le monde s’aligne !?

Dans l’exemple cité, les cobayes doivent en effet résoudre une série de dilemmes moraux, à l’unanimité !

Statistiquement, et d’ailleurs intuitivement, on constate que plus un groupe est grand, plus l’unanimité devient difficile sinon impossible à atteindre (sauf par contrainte sinon force, et encore !). Et dans les cas les plus extrêmes, les choix se posent réellement bien en termes de vie ou de mort. Dans d’autres contextes, ces dilemmes portent plus souvent sur des risques et des incertitudes. On l’a bien vu lors de la crise Covid.

Dans ces cas, faut-il un chef ? En tout état de cause, sans structure ni modération, c’est la fête aux biais cognitifs et le groupe n’arrivera à rien. Ce qui ne veut pas du tout dire qu’alors il faut un chef, mais un «modérateur» ou une mécanique de modération a minima : des diplomates ou une diplomatie en quelque sorte (le contraire d’un chef donc !), ce qui tend à disparaître dans nos rapports sociaux actuels….

Et après avoir creusé toutes les pistes inimaginables, les chercheurs ont en effet fini par mettre le doigt sur un facteur déterminant : la sensibilité sociale ! L’alchimie collective trouve sa source dans la qualité des liens entre ses membres. Et dans l’encouragement de chaque participant à partager ce que les autres ignorent, avec empathie.

A méditer, Mehdi !

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